Complètement cinglé !

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Ce vendredi 9 août 2013, le réveil ne me réveille pas. J’ai les yeux ouverts depuis environ une demi heure et le réveil affiche presque 5h00.

5h00, l’heure prévue pour se réveiller, déjeuner et aller rejoindre un lieu que je connais bien mais qui me fait peur : le mont Ventoux.

Pourquoi me fait-il peur ?

Et bien parce que le matin au réveil cela faisait 6 fois que je montais en haut et cela faisait 6 fois qu’il m’a réservé un accueil différent. Soleil, nuages, pluie, chaleur torride, pas un souffle, mistral qui fait reculer,… A part la neige (j’en ai eu sur le côté de la route mais jamais qui tombe) et la grêle, il m’a tout fait !

C’est ce que j’aime mais ce que je crains aussi. Le Ventoux c’est la nature avec toute sa beauté et son harmonie mais aussi toute sa violence et sa dureté !

J’aime cette montagne (surtout quand elle me laisse monter Wink).

À 5h25, c’est le départ vers Bédoin. Le vélo est dans la voiture (OK, je n’y vais en partant en vélo de la maison mais bon pour ça il va falloir que je m’entraîne encore un peu plus dur. Un jour peut-être…) et tout le matériel nécessaire et indispensable (casque, mitaines,…) est là.

La route, je la connais. Je l’ai déjà faite 6 fois en vélo et un certain nombre de fois en voiture. Pas de stress pour ça !

J’arrive à Bédoin un peu après 6h00. Le problème c’est de trouver une place gratuite qui me permette de garer la voiture toute la journée. Oups j’avais oublié l’heure. On ne peut pas dire que c’est l’heure de pointe et pour les places il n’y a que l’embarras du choix.

Je me prépare tranquillement. Je repère l’Office du tourisme (c’est comme sur Google Maps, c’est cool) et le vélo dateur. C’est à 6h26 que je passe le carton dans le vélo dateur. C’est aussi le début de la souffrance et du bonheur…

Pendant les premiers kilomètres, pas de problème au niveau du bonhomme mais un petit bruit (clic clic) me dérange. Je m’arrête et je décide d’enlever l’aimant qui est fixé sur la roue arrière car il doit frotter sur le capteur de cadence/vitesse. Malheureusement le petit bruit continue après. Tant pis je ne vais pas arrêter pour un petit “clic clic”.

Pendant ces opérations , un cycliste me double sans même me regarder. Je remarque qu’il a une lampe qui clignote au niveau du moyeu arrière. En le regardant passer je ne peux m’empêcher de penser : “soit il va un peu vite, soit il est réellement très fort”.

Une fois mon micmac fini, je reprends ma route, à mon rythme.Ce n’est pas le moment de vouloir jouer les gros bras pour aller chercher le gars devant (et oui des fois les cyclistes ont des réactions un peu idiotes non ? Et bien sur ce coup la raison l’a emporté !).

Je monte tranquillement jusqu’à l’épingle de Saint Estève. Je sais que c’est à partir de cet endroit que les choses sérieuses commencent. Là encore pas question de se mettre dans le rouge. Je choisis un développement de 34*24 et je suis assez étonné de voir que je tourne pas mal les jambes. Ça passe bien !

Étant donné le peu de monde qu’il y a sur la route, je ne peux pas dire que je double plus que je suis doublé mais bon la moyenne me semble bonne. J’avance et après une dizaine de kilomètres, le vent (le petit mistral) se rappelle à mon bon souvenir. Là je me dis :

“Pas cool pour le dessus. Ça va souffler…”

Environ 3 kilomètres avant le chalet Reynard, je vois une lumière rouge qui clignote au niveau du moyeu du vélo qu’il y a devant moi. Je n’accélère pas pour ne pas me mettre dans le rouge mais imaginez un peu ce que je peux penser à ce moment… Je mets environ 1,5 kilomètres pour le rattraper. Au moment de le dépasser, je lui dis bonjour. Je vois que si je ralentis un peu (pas trop quand même) il arrivera à prendre ma roue et que nous pourrons faire un bout de route ensemble (c’est quand même plus cool de faire la route à plusieurs). Je me mets à côté de lui et nous entamons la discussion. C’est bien la première fois que j’arrive à discuter à cet endroit de la montée. C’est bon signe pour moi. Par contre pour le cycliste qui m’accompagne c’est plus difficile. J’apprends toutefois que c’est un Belge qui se remet au cyclisme après une période où ses enfants étaient en très bas âge. Il cherche aussi un club où pratiquer car il en a un peu assez de rouler seul. Nous montons tranquillement mais à 2 kilomètres du sommet il a un coup de moins bien. Je ralentis et l’encourage. Le mont Ventoux se mérite et exige qu’on se dépasse. J’y vais à grands coups de “aller”, “on y est presque !”, “plus que xxx mètres”,… Le coup de moins bien passe lorsque nous passons devant la stèle de Tom Simpson. Comme à mon habitude je la salue et j’ai une pensée pour tous les cyclistes qui peinent sur les pentes du géant de Provence. C’est un très beau sport que le vélo. Dépassement de soi, volonté, régularité, et valeur qui me tient particulièrement à cœur : honneur !

Pour mon compagnon Belge ce sera une seule montée. En arrivant en haut, il me remercie de l’aide que je lui ai apporté lors de cette ascension. Il me souhaite de réussir mon pari et bon courage pour la suite.

Au fait, si tu lis ces lignes, c’est toi qui l’a fait, pas moi (bon si mais avec toi Wink) ! Tu ne dois cette montée qu’a ton courage, ta force physique et un peu aussi au géant qui t’a autorisé à aller en haut en te procurant des conditions favorables. Bravo a toi et j’espère te retrouver un jour ou l’autre sur une ascension quelconque. Bonne route à toi.

En haut je m’habille. Il ne fait pas chaud. Le vent souffle assez fort et pousse les nuages. J’enfile les manchettes, la veste sans manche du club mais aussi la veste sans manche pour la nuit. Il faut absolument couper ce vent lors de la descente pour avoir le moins froid possible. Je prends également soin de me couvrir le cou et ensuite c’est parti pour une belle descente vers Malaucène. Le vent est gênant sur la partie à découvert et j’ai très très froid. Pour la partie boisée de la descente, le vent est moins gênant et le pilotage est facilité mais il faut rester vigilant car dès que je suis à découvert, c’est reparti. Impossible de se réchauffer malgré le soleil qui pointe le bout de son nez. J’arrive à Malaucène, je suis frigorifié et je claque des dents.

Je m’arrête dès que je peux en arrivant, c’est à dire à la boulangerie sur la gauche. Là, je trouve tout ce dont j’ai besoin. Un pain aux raisins, une chocolatine (vous avez vu je parle comme les girondins Wink) et en plus un sandwich que je réserverai pour le repas du midi. J’en profite pour demander s’il est possible de faire le plein du bidon, et oui c’est possible. Je conseille à tout le monde d’y aller. Les produits sont super bons et le sandwich est fait à la demande. Allez-y ce n’est pas partout qu’on a un tel accueil !

Je remonte vers le sommet. Je connais bien cette montée et je sais où je vais en baver mais dès le début de la montée je sens que le mont Ventoux a déjà fait son œuvre et je suis fatigué même si le niveau de motivation est encore à son maximum et fait son effet lui aussi.

Comme je l’avais observé pendant la descente, il y a réellement beaucoup plus de monde qui monte par Malaucène que lors de ma montée depuis Bédoin. Il faut dire qu’à 9h00 ce sont ceux qui réaliseront une montée unique. J’appelle cela le bus (rien de péjoratif dans ce terme, juste une image).

Lors de ma montée je suis doublé, je double mais environ 2 kilomètres avant le mont Serein, je ne suis pas bien du tout. Je n’avance pas ! C’est à un point où je passe sous la barre des 5km/h et le compteur que j’avais réglé pour se mettre en pause lorsque la vitesse passe sous les 5km/h, me signale que je suis arrêté ! Mais non je roule ! Pas vite c’est vrai mais je roule !

Là, j’ai bien cru que ça allait être difficile d’arriver au bout surtout qu’après le mont Serein il y a encore un gros passage. En plus, lorsque je regarde le ciel, des nuages noirs font leur apparition. Pas cool. Le vent souffle très fort par moment et c’est bien difficile. Même dans la montée j’ai du mal à me réchauffer. je décide de faire une halte au chalet Liotard.

A l’arrivée, une famille est présente et prend le petit-déjeuner avec leur deux petits bouts. Moi, je prends un café et nous commençons à discuter. Pendant ce temps je me réchauffe. C’est bon ça !

Nous discutons des villages de la région où il y a quelque chose à visiter, puis la famille quitte le chalet. Moi, je reste pour me réchauffer et je discute avec le patron du chalet. Un mec super ! Nous discutons de la météo, de la difficulté des montées,… Bref, un bon moment aussi bien pour le corps que pour l’esprit !

Il est temps de repartir. Je m’habille en passant la veste sans manche du club et les manchettes juste avant de repartir vers le sommet. Les jambes tournent pas mal même si la fatigue est là.

La montée s’effectue tranquillement même si la vitesse n’est plus la même qu’au début. Le seul petit problème que j’ai eu, c’est un troupeau de mouton qui a coupé la route et qui m’a obligé de m’arrêter ainsi que la gestion de la circulation sur la fin de l’ascension. La montée de Malaucène est assez large et les véhicules à moteur roulent vite. En étant sur la piste cyclable, un véhicule immatriculé en 67 est passé à côté de moi à moins d’un mètre. C’est le cycliste devant moi qui a réagi en criant car lui aussi a été gêné. Ensuite, à l’arrivée au sommet il y avait un bouchon (10 véhicules arrêtés qui attendaient une place pour se garer). Le problème c’est qu’ils ne regardent pas ce qui arrive sur la piste et déboîtent à droite sans faire attention. Là, j’ai lâché un “connasse” à la conductrice qui a déboîté devant moi. Désolé mais c’est sorti tout seul !

Au sommet, je dois m’habiller car le vent souffle. En gros il ne me reste plus que le gilet jaune. Ensuite je vais faire tamponner mon carton au magasin. De retour vers mon vélo, je parle un peu avec le marchand de produits locaux. J’allais manger une croquette que ma femme avait fait la veille et c’est tout naturellement que je lui en propose. Il me complimente, elles sont bonnes. Lors de ma dernière montée je m’apercevrai qu’il vend également des croquettes. Oups, j’ai zappé chef  IDK !

Devinez quoi, lors de ma descente le véhicule immatriculé en 67 était devant moi. Si si c’est possible. Et bien le monsieur s’est tout simplement arrêté en plein milieu de la route et la fille a ouvert la porte arrière sans regarder bien entendu. J’évite donc la porte et je passe en gueulant (y’ pas d’autres termes) et avec un geste assez explicite d’énervement. On ne fait pas n’importe quoi à 1900m d’altitude !!!!

Je repars ensuite vers le chalet Reynard. Une fois à la bifurcation (Bédoin/Sault), je décide de descendre sur Sault. Je ne suis pas venu pour rien. J’y arriverai. La descente est longue et la pente n’est pas très importante. Je repère et en même temps cela me rassure. Pas de pente à 11-12%. Juste du 7.5% au maximum. Ça devrait aller pour remonter. Mais la descente est longue au point que je me suis demandé si je ne m’étais pas trompé de route. J’ai aussi été surpris car pour arriver à Sault il faut monter. Et oui, la route qui descend du mont Ventoux va plus bas que le village et il faut s’employer un peu pour arriver à Sault. Je fait valider mon carton et ensuite il faut trouver un endroit pour manger mon sandwich. Finalement j’ai mangé sur le petit muret à côté des restaurants, à l’ombre d’un arbre. Une fois fini, je fais le plein de mon bidon avec le robinet devant l’office du tourisme et c’est reparti pour la dernière montée vers le sommet.

La montée est régulière sur les 26 kilomètres avec un ou deux petits passages à 7-8%. Rien de bien méchant. Je prends le temps de récupérer et savourer cette dernière montée. En plus, le coin de Sault, que je ne connaissais pas, est superbe. Lorsque les lavandes sont en fleur ça doit être très très joli. J’arrive enfin au chalet Reynard et je décide de m’y arrêter pour me reposer et prendre un petit café. Lorsque j’arrive au bar, 3 serveurs sont présents. Aucun ne daigne prendre ma commande. Ça commence bien.

Finalement, le plus ancien et le patron me semble-t-il, me demande ce que je veux. Je commande mon café qui m’est servi au bar. Là, un serveur arrive derrière moi et annonce ce qu’il doit servir. L’un des serveurs derrière le bar, commence à poser les canettes devant moi. Je lui dis que ce n’est pas pour moi, ce à quoi il répond qu’il sait !

Le patron prend la parole et dit au serveur derrière moi qu’il faut qu’il se fasse sa place. Je ne bouge pas. Faut quand même pas exagérer ! Le patron réitère. Je m’adresse alors au serveur derrière moi et lui demande s’il a besoin de la place. Il me répond timidement que oui. Là, je lui dis “Allez-y monsieur je vous laisse la place” de manière à ce que le patron entende et là le patron dit “tu vois XXXX y’a qu’à se faire sa place !”

J’y crois pas ! Mais quel con ce patron de merde ! Je suis un homme, un consommateur et un client. Pour qui il se prend ! C’est donc avec toute la force que je peux mettre dans ce que je fait habituellement que je vous invite a boycotter le chalet Reynard cette année et peut-être les autres aussi. En tous cas il n’est pas prêt de me revoir avec un tel accueil il n’est pas digne de tenir un truc comme çà ! Une seule chose me reste avec cette visite au chalet Reynard : quel con !

Au final je n’y reste même pas une minute. J’engloutis mon café et je repars ! Pas de repos tant pis mais rester au chalet Reynard cela m’était impossible compte tenu du manque de respect envers les clients.

Les derniers 6 kilomètres sont difficiles mais surtout les deux derniers. Je gère donc la totalité du reste de la montée. Finalement j’arrive en haut fatigué et presque avec la fringale. Comme lors de ma toute première montée du mont Ventoux, j’ai lâché un cri en haut et quelques personnes se sont retournées. Pardon si je vous ai fait peur mais les nerfs ont lâché.

Je retourne ensuite vers le vendeur de produits locaux et il sourit en me voyant arriver. Tout est dit sans un mot. Pas la peine d’utiliser la parole, mon regard devait être parlant.

Je vais au magasin où j’achète un PowerRaid. J’ai hésité avec un Coca mais j’ai du faire le bon choix car dès que j’ai commencé à boire cela allait mieux. Disparition de la sensation d’estomac vide et retour petit à petit des forces. L’eau qui commençait à peser dans mon estomac semble disparaître au fur et à mesure. Cool, c’était le bon choix.

Une petite discussion avec le vendeur de produits locaux tout en m’habillant pour la descente puis c’est le début de la dernière descente.

Le vent est très fort et la route est très très à découvert. Peu d’abris. J’évite même la chute grâce à un écart de 2 mètres environ. Ouf il n’y avait pas de voiture. Je fais très très attention et la vitesse ne doit excéder 40km/h jusqu’au chalet reynard. Plus je descends, plus je suis protégé. Je reste vigilant mais dans la forêt je profite un maximum de la route. Peu de circulation et la route est super belle même si elle est toujours aussi étroite. Par contre les derniers kilomètres sont très très difficiles avec un mistral de côté à 60-70km/h. Je suis très très vigilant car en plus avec la famille qui attend mon retour ce serait bête de se retrouver par terre.

Finalement j’arrive à 16h27 à Bédoin avec 1 minute de retard sur mes prévisions sur le temps global (arrêts compris). Je suis heureux et fatigué !

Yes i did it ! C’est gagné ! C’est gagné !

Pour les photos il faudra attendre un peu…

En chiffres

  • Distance : 136km
  • Durée : 8:14 (sur le vélo), 10h01 en tout
  • Cadence moyenne de pédalage : 56tpm
  • Cadence maximale de pédalage : 134tpm
  • Fréquence cardiaque moyenne : 141bpm (74.6% de ma FCmax)
  • Fréquence cardiaque maximale : 171bpm (90.48% de ma FCmax)
  • Dénivelé : 4700m

Les parcours

6 réflexions sur « Complètement cinglé ! »

    1. Bonjour Eric.
      Merci pour ces félicitations.
      Oui j’ai commencé avec du 34/24 et je suis monté jusqu’à 34/27.
      Pour le plus bas en montée j’ai du descendre au 34/17 quand c’était facile.
      Pour la descente, c’était roue libre et mouliner un peu pour éliminer l’acide lactique.
      Voili voilou.
      La prochaine fois je le fais en 50/11. Non je rigole Wink

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