Deux cols et une montée trop loins

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Ça y est, le dimanche 8 juillet est là !

Le réveil sonne à 2h45 à La Toussuire. Je suis content, j’ai bien dormi même si c’est peu de temps. Le moral est là lui aussi.

Je pars à 3h15 pour aller prendre le bus qui m’amènera au départ à Albertville. Là, je fais la connaissance d’un australien vivant en Suisse. Nous échangeons quelques mots en anglais et pas mal de fois je lui demande de répéter  pour bien comprendre ce qu’il me dit. Je discute aussi un peu avec notre chauffeur qui est originaire de Mazamet. Le départ était fixé à 3h30 mais il manquait encore une personne à 3h45. Le chauffeur décide de l’appeler. La personne parlait anglais et le chauffeur me passe le téléphone. L’homme me dit qu’il a dormi trop tard. Je lui demande à quelle heure il peut être au bus. Il me répond 4h00 minimum.  Le chauffeur m’annonce que c’est impossible. Alors, l’homme au téléphone me dit qu’il demandera à un ami de l’amener à Albertville. Nous partons donc avec un retard d’un quart d’heure.

Sur le trajet vers Albertville, la pluie se joint à la fête. Là, je me dis que c’est pas gagné si ça reste comme ça toute la journée. Je profite du trajet pour essayer de dormir un  peu mais ce n’est pas facile.

Arrivé à Albertville, je vais chercher mon vélo au parking à vélo puis je me rends au point de ravitaillement pour prendre un petit déjeuner. J’ai droit à un paquet de madeleines, une barre de céréales mais les bénévoles m’annoncent qu’il n’y a pas d’eau chaude. Donc pas de thé, ni de café… Je reste très courtois avec les bénévoles car sans eux une telle épreuve est impossible à organiser mais ça commence mal question organisation…

Je pars en direction de mon SAS (n°5) sous la pluie. Il fait frais,très frais : 13°C et avec l’humidité je vous raconte pas. Avant le SAS, je trouve un arrêt de bus et je m’assoie à côté d’un gars avec qui je discute pendant environ 15 minutes puis nous rentrons dans le SAS vers 6h30. Il faut maintenant attendre le départ…

Je pars vers 7h25 assez prudemment entre 28 et 30km/h. Je n’ai pas envie de me griller immédiatement. J’arrive facilement au pied du col de la madeleine. Il me fait un peu peur celui-là. Il est légendaire…

Je décide de le monter à ma main. Au bout d’environ 45 minutes de montée, je vois un abreuvoir pour les vaches dévaler la pente au dessus de la route environ 200m devant. Je gueule : « Attention au dessus de vous !!! ». Nous sommes plusieurs dizaines à crier la même chose. Finalement l’abreuvoir ne touchera personne mais quelques secondes  après, c’est la vache qui commence à dévaler la pente.  Nous crions à nouveau. Ouf, la vache  arrive à stopper sa chute juste au moment où elle allait chuter dans le vide pour tomber sur la  route. Nous l’avons échappé belle !

Nous reprenons la  montée tranquillement.

J’arrive en haut frais et dispo. J’ai même l’impression de ne pas avoir roulé beaucoup et surtout je n’ai pas l’impression d’avoir fait un col hors catégorie. Je m’arrête au ravitaillement puis je repars pour la descente. Dans celle-ci, un cycliste me double avant une épingle à cheveux mais à son passage, on entend un « clac » puis il tire tout droit. La collision avec les cyclistes qui m’accompagnent est évitée de peu. Je pense que son pneu a éclaté mais je ne me suis pas arrêté pour voir, d’autant plus qu’il était « légèrement » dangereux.

Je m’arrête au ravitaillement au pied de la descente du col de la madeleine puis je repars tranquillement pour récupérer. Arrivé à Saint Etienne de Cuines, les premières côtes du Glandon font mal aux jambes. Je suis dépassé, je dépasse mais le plus important c’est que tout va bien et que le moral est là même si la chaleur devient écrasante. Le vent souffle de face et c’est dur  !

Toutefois je reste assez lucide et je pense a bien gérer ma respiration et à chaque fois que j’y arrive je vois le cardio diminuer de 5 pulses minimum. Je pense aussi a bien gérer mon alimentation et mon hydratation. Le moral est là.

Au fur et à mesure de la montée, je trouve que 8% ici et 8% avant, ce n’est pas la même pente… Je remets en doute ma logique. Je m’alimente bien, je bois bien. Je m’aperçois que de plus en plus de cyclistes ont mis pied à terre et continuent à monter à côté du vélo. Je mets un  point d’honneur à ne pas mettre ce  pied par terre même si c’est dur.

Plus je monte, plus je me sens fatigué. Non pas musculairement, ni mentalement, mais je ressens tout simplement comme un manque de sommeil qui survient juste au mauvais moment. Je lutte contre la fatigue et à 5 km sommet, je sens que le mental est en train de fondre. A 3km du sommet, je craque et mets pieds à terre. Une fois assis, je prends un peu de temps mais j’ai sommeil. Je prends alors mon portable pour appeler ma femme et lui dire que je vais attendre la voiture balai !

Une fois notre conversation terminée, je remets le portable dans la poche, mets le coupe-vent sur la tête pour me protéger du soleil et là, pour la première fois de ma vie, je m’endors immédiatement. A mon réveil, je m’aperçois qu’une heure est passée…

Que vais-je faire : attendre le bus continuer au courage ?

Finalement, je décide de faire le Glandon au courage et j’irai en haut. Je veux pouvoir dire : « j’y suis allé » !

Je fais 1km sur le vélo mais la pente est bien trop forte et je continue à pieds. Finalement, j’arrive en haut et je passe à pieds le col. Là je décide de mettre fin à ma « course » pour ne pas mettre en danger ni l’organisation, ni moi-même…

Voilà un petit résumé de ma course. Je laisse un peu de temps avant de tirer des leçons de cette expérience.

10 réflexions au sujet de « Deux cols et une montée trop loins »

  1. Salut Laurent,

    Je viens de voir avec tristesse que tu n’es pas venu à bout de ton étape…
    Dommage, tu auras eu le mérite d’essayer. Les explications à ton « échec » se résument à ces quelques mots selon moi: manque d’entrainement (surtout en longue distance) et manque de dénivelé.
    Tu as surement pu comparer avec ton épreuve à Honfleur, que la haute montagne n’a rien à voir avec les routes que tu as pu arpenter jusque là et que cela demande une préparation spécifique, qui ne sera sans doute pas facile à suivre en région parisienne…

    Toutefois quelque chose me dit que tu retenteras l’expérience avec comme objectif d’aller au bout. Pourquoi ne pas tenter une étape du tour de l’ain, plus accessible??

    A+
    Julien

    1. Salut Juju,
      Échec,oui mais que d’enseignements…
      Pour les raisons que tu donnes, c’est certain mais il y en a d’autres que j’identifie en ce moment, mais cela fera l’objet d’un autre article.
      Le tour de l’Ain ?
      Oui peut-être, mais pour le moment, je crois bien passer environ un an et demi sans faire de truc pareil (raisons multiples). Par contre tu as raison, je ne lâche rien et je m’entraînerai encore sur des distances bien plus longues avec si possible du dénivelé…
      Je garde dans un coin de la tête une autre participation à une autre étape du tour mais la date n’est pas déterminée et pas l’année prochaine…

      Merci pour ton analyse qui m’apporte des éléments d’amélioration dans ma préparation pour de futur exploits (je l’espère Wink ).
      ++

  2. salut laurent,

    dommage pour ce « raté »… je pense aussi dû principalement à un manque de sorties longues et dures dans la longueur, bon je suis pas entraineur donc je m’abstiendrai de faire plus de commentaires.

    après même quand t’es bien préparé un gros coup de bambou ça peut toujours arriver à l’improviste, surtout avec une nuit quasi blanche la veille (se lever à 2h45 avant de se lancer dans une épreuve pareille, j’ai ouvert grand les yeux devant mon écran !), sans vrai petit déjeuner (au prix de l’inscription…), etc… les conditions d’approche ne semblaient pas optimales.

    bon courage pour la suite Smile
    oli

    1. Bjr
      Vraiment dommage de ne pas avoir pu réaliser ton objectif. Je t’ai suivi depuis janvier. J’ai trouvé que tes entrainements étaient bons et je pensais que tu reussirai. Il y a juste une chose qui m’a étonné dans ta préparation: ton braquet maxi. 34/25 cela me semble très grand (j’ai regardé d’autres blogs et les cyclistes ont tous choisi 34/25 ou 34/27 maxi!). Pour avoir fait l’edt il y a 15 ans (madeleine, croix de fer et alpe d’huez, 160km en 9h40), j’avais un dvpt équivalent à 34/30 et cela m’avait permi de mouliner dans les forts pourcentages de manière à ne pas laisser trop de force dans ces passages et pourtant, je trouvais que ce dvpt était qqfois trop grand (je vais faire monter 34/32 pour la montagne). Je précise que j’habite la régon parisienne également (Pres de chantilly, pas de gros dénivelé). Merci pour ton blog, très interréssant à suivre. Eric

  3. Bjr
    Mon premier post n’a pas fonctionné. Je te suis depuis janvier et je trouve ton entrainement de qualité. Je pensais que tu réussirai. Une chose m’a étonné: ton braquet maxi:34/25. C’est grand! (Sur d’autres blog, les braquets sont les mêmes 34/25 ou 34/28). Pour avoir fait l’edt il y a 15 ans (madeleine, croix de fer, et alpe d’huez, 160km et 9h40), j’avais utilisé un équivalent 34/30 et je trouvais que c’était déjà qqfois trop grand. Je vais faire monter 34/32 pour la montagne pour mouliner et passer en souplesse. Je précise que j’habite également en région parisienne (pres de chantilly). Merci pour ton blog. C’est un régal de le lire le lundi matin. Cdlt. Eric

    1. Bonjour Eric,
      Oui j’ai présumer de mes forces et en regardant l’étape des pros, je pense que si j’avais été au max de ma condition (ce qui était loin d’être le cas) et peut-être avec 2ou 3 dents de plus, je pense que j’aurais pu monter…
      Un autre fois peut-être…
      Ce qui est certain c’est que quand on y goûte, on en veut un peu plus Wink
      Cdlt.

  4. Merci pour ce récit Laurent, c’est toujours un plaisir de te lire ! Se mesurer à la haute montagne toute la journée n’est pas un pari facile, tu as mesuré les barrières à franchir encore pour la dompter et surtout emmagasiné de l’expérience.
    Je n’aurais sans doute pas pu non plus aller au bout.
    Mais tu as eu le courage de le faire, alors chapeau !

  5. Salut Laurent, c’est toujours un plaisir de te lire ! Tu as emmagasiné de l’expérience, ta passion du vélo est intacte, c’est l’essentiel. Profite bien de l’été pour te ressourcer en tous cas (des beaux parcours en perspective ?). Pour ma part direction le Lot d’ici 15 jours, mon vélo et mes nouveaux pneus sont prêts Wink Bonne semaine

  6. Bonjour Laurent,

    Tout d’abord je te félicite d’etre déjà allé en haut du glandon. Ce col est terrible d’autant que la 2 eme partie est usante avec ces 3 derniers km absolument affreux.
    Ensuite je suis triste pour toi car tu avais fait le plus dur en allant en haut du Glandon.

    Tu avais employé la bonne stratégie de monter à ta main le col de la Madeleine. Ensuite apres le Glandon le plus dur était fait.
    Prends le côté positif et dis toi que c’est de l’expérience emmagasinée pour la prochaine que tu finiras je n’en doute pas.

    De mon côté j’ai 51 ans et j’ai fait mes 16 eme et 17 eme étape du tour. Je ne suis pas un grand sportif loin de là (faute de temps pour m’entrainer et en plus j’habite en plaine. J’avais grosso modo le même kilométrage que toi) et si tu le souhaites à mon petit niveau je pourrais aussi te faire partager mon expérience de toutes ces années d’étape du tour pour que tu connaisses le bonheur de finir. (Voir le blog de Guy Vasseur) qui décrit bien cette joie de passer la ligne sur cette épreuve…

    Amitiés cyclistes.
    Laurent

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