Ventoux – Parkinson, acte 1

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France ParkinsonCe lundi 1 août 2016, je me retrouve à Bédoin en soirée pour préparer mon départ du kilomètre 0 à 22h00. Pour cette première partie de parcours je porterai la tenue de mon ancien club, le Vélo Club Canéjan. L’idée est née là bas mais elle se concrétise ailleurs. Un grand merci à tout le VCC pour ce qu’il m’a apporté et j’espère porter haut les couleurs de mon ancien club qui a une place particulière dans mon cœur.

L’objectif est d’essayer d’attirer l’attention sur l’association France Parkinson à l’aide d’un événement sportif : 6 montées (si possible) du mont Ventoux en 24 heures.

Le départ s’effectue au kilomètre 0. Je suis seul avec ma femme et je ne suis pas surpris. Combien de fous iraient gravir le mont Ventoux en pleine nuit ?

Départ de Bédoin KM 0
Départ de Bédoin KM 0
Départ de Bédoin KM 0
Départ de Bédoin KM 0
Départ de Bédoin KM 0
Départ de Bédoin KM 0

A ce moment précis je ne sais pas ce à que je vais trouver devant moi. Une chose est certaine, je vais vivre quelque chose d’exceptionnel mais quoi ?

Jusqu’à Saint Estève, je suis dans le monde “urbain”. Il y a des lumières tout autour de moi, le bruit des villages résonne dans la nuit et la présence de l’homme est indiscutable.

Après le virage, j’ai l’impression d’entrer dans un trou noir. Plus aucune lumière, les bruits du monde sont assourdis par les arbres et la pente commence à se faire très présente. Je connais cette route. Je l’ai empruntée 15 jours auparavant juste avant que le tour de France n’y passe mais là je ne reconnais pas grand chose. Très vite le silence se fait autour de moi et les bruits de la civilisation disparaissent complètement. Juste le bruit de ma transmission, le vent dans les feuilles et des chutes de pierre au milieu de la forêt.

Le vent…

Oh, ça aurait pu être pire, je le sais bien. Environ 30km/h en diminution constante depuis que le soleil s’est couché. Mais un vent qui à ce moment précis m’arrive en pleine figure. Ce n’est pas qu’il fasse froid mais quand on connaît la difficulté liée à la pente pendant les quelques kilomètres qui suivent l’épingle à cheveux de Saint Estève on réalise l’effort nécessaire pour se hisser vers le haut. Je me dis alors que ça va pas être du gâteau mais que je suis déjà arrivé en haut dans de pires conditions. Je baisse la tête et avance.

Pendant cette montée, la civilisation se rappelle à moi à 6 reprises. 3 voitures sont montées puis sont redescendues.

La forêt se fait de plus en plus massive mais je n’y prête pas trop attention. Les bruits de cailloux, le vent dans les arbres me rappellent des marches de nuit effectuées il y a bien longtemps. La montée de Bédoin a ça de bien qu’on voit facilement quand on arrive vers le sommet. La forêt laisse place à un désert de cailloux blancs. Au moment où je passe cette frontière, je m’aperçois que le vent a diminué même s’il est toujours présent (environ 20km/h au jugé).

A partir de 23h45 plus personne. Je suis seul sur terre…

Seul n’est pas le mot juste. Un peu avant que la dernière voiture ne me double, je suis “attaqué” par un renard qui saute en ma direction depuis ma droite. Un écart sur la gauche et un gros hurlement de rage de ma part et l’attaquant est mis en fuite. Je pense que je lui ai fait peur en arrivant avec un véhicule sans moteur, qu’il ne m’avait pas vu malgré mes lumières et qu’il a simplement répondu. En plus la voiture qui m’a dépassé peu de temps après a dû terminer de le mettre fuite. A ce moment précis je prends conscience du lieu où je me trouve : la nature. Je me remémore les récits des cyclistes qui font de la longue distance avec les attaques de chiens, le gibier qui traverse en pleine descente,…

Je me mets donc dans une sorte de mode “survie” et essaie malgré tout d’apprécier le paysage. La vue sur l’observatoire qui se confond aux étoiles du ciel, la vue sur la plaine avec ses lumières… Magnifique !

J’arrive en haut en entier et c’est une première victoire pour moi. Je m’équipe pour la descente (Gore Tex, jambières, tour de cou,…) et mange un bout, bois bien, apprécie un peu le moment où j’ai le sommet pour moi seul. Je suis le premier cycliste du jour en haut du mont Ventoux !!!!!!!!!

Il reste encore de la route pour atteindre l’objectif…

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